Le Monde sous acides (vu de sous ma couette) #3

Billet rédigé par @Syphiss : Changement de cadre pour cette troisième rubrique. Cette fois-ci elle ne sera pas rédigée de sous ma couette mais depuis un pub. Cela dit ne vous inquiétez pas pour autant, c’est toujours sous acides. Et le monde n’a pas changé ses habitudes, cette semaine ayant été un magnifique bordel comme seule la race humaine est capable d’en créer. Ne lui en voulons pas, on l’a faite ainsi et on ne fait que répondre à nos instincts. Instinct qui, selon certaines images d’Egypte, a légèrement évolué depuis la nuit des temps ; voir des militaires rester passifs devant des manifestations populaires, je ne pensais pas vivre assez vieux pour voir ça. La France a vraiment trop formaté mon esprit pour que je laisse une chance à l’Homme. Mais c’est sans surprise que j’ai retrouvé le plus beau de l’âme humaine : celui de revendiquer sa liberté contre une autorité. Mieux : celui de revendiquer sa liberté contre une autorité et d’avoir le dessus sur elle. C’est ça qui change un monde, c’est ça qui change une mentalité. Et pendant qu’une partie de la population défile dans les rues ou reste simplement sur des endroits stratégiques (la place Tahrir), l’autre partie a pris râteau, pelle et balais pour se défendre contre les quelques individus voulant profiter de la situation. Malheureusement, l’être humain restera toujours une bête, même dans les moments décisifs.

A l’heure où tu commences à sentir l’acide remonter, et les effets arriver, je m’accroche au clavier comme un forcené en train d’écrire sa dernière lettre. On en a tous rêvé de cette lettre, à un moment donné notre esprit a fatalement bifurqué sur cette éventualité. Celle qui ne vous laisse aucune chance contre l’inéluctable. La Mort au coin de la rue, quand il aura frappé vous ne serez plus en mesure de rien. Cette dernière lettre sera votre testament, les écrits inébranlables et immuables qui seront le reflet de votre mémoire, vos dernières paroles, plus importantes encore que vos réelles dernières paroles. Qu’importe ! Nous en sommes tous conscients, non ? Alors gardons en tête les écrits prophétiques et profitons de notre vie pour la pourrir totalement avant la fin. Personne n’aimerait autant la vie et toutes ses facettes s’il n’y avait pas la Mort qui devait frapper.

Rêvez-vos ou vivez-vous vos rêves ?

Comme annoncé la dernière fois, je vais aborder le thème des rêves, ayant trouvé le temps de regarder Inception je vais pouvoir lier le sujet au film, mais seulement sous certains aspects. Il y a quelques années j’ai appris, d’une relation d’Internet dont je ne me souviens plus le pseudo aujourd’hui, ou tout du moins maintenant, qu’il existait plusieurs sortes de rêves. Et que des gens avaient bossé là-dessus, du genre vraiment bosser sur les rêves – le genre de job dont on « rêve » tous, comme celui des chercheurs sur l’alcool. D’après mes souvenirs il existe les rêves, ceux que l’on connaît tous comme tels ; et les rêves éveillés (ou lucides), ceux dans lesquels vous avez une influence. Ca y est ? Ca commence à faire tilt ? On en a tous vécu au moins un. Ces rêves dans lesquels on semble être totalement à notre place, totalement paisible, totalement « nous ». Christopher Nolan n’a rien inventé dans Inception, il reprend simplement une croyance qui existe depuis des lustres en la modernisant et en lui donnant un aspect technique.

Dans les rêves éveillés, le rêveur influence directement l’environnement et le modèle selon sa volonté. Inception, c’est exactement ça. Mais les protagonistes étant chargés d’une mission, plutôt d’un travail, ils préparent à l’avance tous les aspects du rêve, allant jusqu’à créer des architectures impossibles pour le pur plaisir visuel. « Nolan, fais moi rêver » pourrait être l’une des phrases qui ont lancé le film. Cependant à mon goût l’exemple le plus flagrant du rêve éveillé dans Inception est le moment où Tom Hardy donne la réplique à Joseph Gordon-Levitt dans le hangar : ‘You mustn’t be afraid to dream a little bigger, darling.’ Cette simple réplique est la preuve même que C. Nolan n’est pas allé chercher son scénario dans le cul d’une vache. Néanmoins, si les rêves lucides peuvent arriver à chacun, il semble que la plupart des personnes ayant la chance de s’en rendre compte « sortent » du rêve dès lors qu’ils prennent conscience qu’ils peuvent le maîtriser. Comme un enfant qui se précipite sur une sucette avant de la recracher quand il se rend compte que ce n’est pas son parfum préféré. C’est là où je veux en venir. Avec les hallucinations, la musique et les drogues, les rêves éveillés sont en fait ce qui est arrivé de mieux à notre espèce. Pour la simple et bonne raison qu’ils nous permettent de modeler le réel tel qu’il devrait être ; et d’une certaine façon à notre image.

Matrix s’oppose totalement à cette vision, et c’est dommage, puisque selon les frères Wachowski les hommes ne sont que des piles énergétiques et coupés de tout, et surtout de leur conscience – même si l’on pourrait argumenter sur ce dernier point.

Si vous avez eu l’expérience d’un rêve éveillé, vous savez que la manière dont C. Nolan a abordé son film est limitée, pour une pure raison d’audience et de scénario. Et si vous avez eu l’expérience d’un rêve éveillé, vous savez que rien n’est impossible : un dîner avec Natalie Portman, un entraînement au sabre laser avec Obi Wan Kenobi, des cascades de la mort en moto… Mieux, vous pouvez appréhender la mort plus tranquillement parce que vous savez que ce rêve n’est qu’un rêve. Si un être humain avait la chance de savoir ce que l’on ressent avant de mourir, je suis certain qu’il essaierait. Dans un rêve éveillé vous pouvez, certes c’est le subconscient qui va se charger de remplir les trous pour la suite des événements (tunnels, gouffre, vide, néant) mais vous serez prêt puisque ce sera du déjà-vu.

Selon le même souvenir qu’il me reste de cette relation d’Internet, il existe des moyens pour apprendre à maîtriser ses rêves ; pour ma part j’ai eu la chance d’hériter du don à la naissance, même si des fois je suis éjecté quand je rêve trop grand – je maintiens que Catherine Zeta-Jones était à ma portée, Morphée, salope !

Mais attention, les rêves éveillés ne durent jamais longtemps, et Inception l’explique à merveille : une fraction de seconde en temps « réel » équivaut à plusieurs minutes dans votre rêve. A vous de profiter à fond de ce moment, et de pulvériser les records pour recréer le monde. Et dans ce cas, on peut se lancer dans une analyse à la Matrix. Dieu aurait soit-disant créé le monde en six jours, si peu de temps pour un tel résultat… moi je dis qu’il l’a rêvé. Et s’il l’a rêvé, nous sommes dans son rêve. Et si nous sommes dans son rêve depuis des milliers d’années il n’existe qu’une seule possibilité : on est imbriqué dans plusieurs rêves, au moins cinq/sept vu la durée. Ce qui voudrait dire que Dieu tel qu’on le perçoit n’est en fait qu’une représentation du subconscient de quelqu’un d’autre. Mais qui ?

Procès HADOPI, scénario de défense.

Pour continuer dans cette voie, je vais vous ouvrir un peu plus les portes de l’esprit dérangé qu’est le mien. C’est lors d’un rêve éveillé que je me suis imaginé au tribunal, avec comme chef d’accusation d’avoir piraté des oeuvres. J’avais un avocat – même si je ne me souviens plus de sa performance – et pourtant j’ai interpellé directement le juge pour une tirade qui m’est restée. Je vais faire mon possible pour la retranscrire telle que je m’en souviens, même si vous vous doutez qu’elle sera modifiée par rapport au rêve d’origine. Je ne me souviens plus du début du rêve, ni de la fin ; je ne me souviens pas non plus du moment exact où j’ai sorti cette tirade. Avais-je été condamné ? Le jugement devait-il arriver (je le pense) ? Toujours est-il que, dans mon souvenir, ma défense était d’une telle beauté qu’elle avait émue des artistes. Attention il s’agissait d’un rêve, d’une fiction, et elle ne représente aucunement la réalité. La voici :

« Oui, j’ai pêché. Je reconnais avoir téléchargé illégalement des oeuvres, des albums musicaux, des films et même des livres. Cependant je ne veux pas que ma condamnation soit un exemple pour toutes les générations dehors. Je ne veux pas servir de pâture à la presse pour le simple fait d’avoir téléchargé, illégalement certes, du contenu sur Internet. Si je dois être condamné, je veux que ma condamnation serve à éclairer les esprits, toujours dans les brouillards, des politiques et des majors. Si je dois être condamné, je veux que la raison évoquée soit juste, et vraie. C’est pourquoi je veux mettre les choses au point, pas tant pour moi mais pour que la réalité des choses soit dite haut, fort, et publiquement. Aujourd’hui les gouvernements continuent d’entretenir le rêve que museler les Internets est possible. Des preuves : HADOPI en France, ou encore la réaction du gouvernement égyptien quand il a totalement bloqué Internet. Pourtant tout le monde sait très bien que c’est impossible. Internet est trop vaste, trop grand pour qu’on puisse en limiter les frontières d’un coup. Il aurait fallu s’y prendre dès le début, comme en Chine. La France n’est pas la Chine, et elle l’a revendiqué à plusieurs reprises. Nous ne sommes pas dans un pays dominé d’une main de maître dans un gant de fer, nous sommes dans un pays libre et nos hommes politiques se plaisent à le rappeler à tout va. A l’heure actuelle bloquer du contenu sur Internet est aussi stupide qu’inutile. Il est connu de tous que tout ce qui est interdit est attirant, lorsque vous n’avez qu’un clic à faire c’est encore plus simple à faire que d’aller acheter de la drogue, puis rouler un pétard puis l’allumer. Oui, télécharger ne demande qu’un clic, et sans bouger de chez vous.

Il y a encore 150 ans un homme pouvait prétendre à la connaissance, à tout savoir sur le monde. Aujourd’hui ce n’est plus possible, il faut se spécialiser dans un domaine précis pour le maîtriser, et jamais on ne parviendra à la connaissance absolue dans ce domaine. Aujourd’hui il y a tellement de cultures qu’il est impossible de tout savoir. Le temps que vous appreniez une nouvelle théorie, au moins deux auront fait leur apparition. Le jeune d’aujourd’hui, sans parler de l’adulte brimé et limité culturellement dans sa jeunesse, veut tout savoir. Ou à défaut veut emmagasiner autant qu’il peut.

Personne dans cette salle, et je dis bien personne, ne peut prétendre être devenu l’homme qu’il est sans l’aide d’oeuvres culturelles. Que ce soit un livre, un film ou une ode. Dès lors, si vous laissez à portée d’un homme tout le savoir, toute la culture, toute la connaissance, vous allez l’influencer. Autant dans sa manière d’être que de vivre et de penser. En tant que jeunes, nous devons connaître les erreurs du passé et les espoirs du futur. Comment voulez-vous faire ceci sans argent ? Les parents ? On sait tous les relations qu’un adolescent entretient avec ses parents, c’est impossible. Alors imaginez que dans vingt ans on en vienne à célébrer un homme qui aura su montrer publiquement que la matrice régit nos vies, et que la seule et unique raison de sa découverte soit Matrix. Et qu’il ait illégalement téléchargé Matrix. Et si le prochain Einstein devenait le prochain Einstein parce que il avait téléchargé illégalement un livre qui a changé sa vision du monde ? L’avancée humaine ne valait-elle pas ce sacrifice ? Je suis l’homme que je suis, parce que j’ai eu la possibilité d’améliorer les connexions de mes neurones avec le téléchargement illégal. Je sais ce qui me plaît, je sais ce qui ne me plaît pas. Qui n’a jamais voulu être remboursé après avoir acheté un album d’un(e) artiste que l’on aime pas ?

Attention, je ne dis pas que le téléchargement illégal est bien. Je dis simplement qu’aujourd’hui il est nécessaire. Si j’avais eu la possibilité, au moment du clic fatidique, de verser 1€ à l’artiste croyez-moi je l’aurais fait. Sans hésitation. Un euro pour savoir si un artiste (dont tout le monde parle) vous plaît, c’est une occasion à ne pas rater. Que ce soit un film, un livre, un album j’aurais payé 1€ pour chaque téléchargement. Mais cela voudrait signifier l’absence d’une rétribution pour les majors, soit le bât qui blesse. Car aujourd’hui la France ne propose aucun, et je dis bien AUCUN dispositif légal efficace de téléchargement. S’il existait une case où l’on pouvait verser 1€ par téléchargement pour être dans la légalité, beaucoup la cocherait. Et il faudrait aussi créer un forfait par mois, pour avoir autant d’oeuvres que l’on souhaite.

Maintenant, je mets au défi tous les artistes de refuser cette proposition : si jamais je télécharge votre album je vous paye 1€. C’est sans doute plus (ou autant) que ce que vous gagnez sur la vente d’un album physique. Lequel refuserait ? Au lieu de ne rien gagner, les artistes gagneraient plus (ou moins) que sur la vente d’un album. Qui serait contre ? Les majors ? Quelle surprise… »

C’est dans l’espoir de voir un jour arriver une telle proposition que je vis encore. Cette tirade, plus ou moins modifiée et inspirée de celle de mon rêve éveillé, est un cri de guerre contre toutes les industries qui continuent de penser en 1.0. Le monde a évolué, adaptez-vous et ne punissez pas ceux qui évoluent plus vite. Au final ça reste uniquement ça, les anciens-forts qui veulent punir à tout prix les anciens-faibles contre la modernité. Et les anciens-forts étant plus riches que les anciens-faibles, le rapport de force est vite fait… pour le moment. Mais quand cela nous porte à emprisonner des jeunes de quinze ans, j’espère, je pense, que la mentalité va rapidement évoluer. Elle le doit.

 J’espère que cette rubrique vous aura plu, elle est placée sous le signe de l’acide, de l’ivresse et du rock’n’roll. Mes pensées ont divagué tout du long, mais c’était le but de cette rubrique, explorer l’être humain au plus profond de lui-même, à travers ma personne démoniaque et dérangée.


Billet aimablement rédigé par @Syphiss. Retrouvez chaque vendredi sa rubrique. | Vous voulez rédiger pour ce blog? Ca se passe ici. Crédit photo : wecand sur Flickr

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Commentaires : 2

  1. Nicolas 4 février 2011 - 23:29 Reply

    Le début m’a un peu perdu (faudrait que je boive pour mieux comprendre?) mais par la suite excellent article qui traite de sujets qui me passionnent à savoir le monde onirique que lequel j’ai appris pas mal de choses par ta plume.
    La partie téléchargement est aussi sensible et c’est un sujet que tu aborde de plein fouet, ce qui est bien. Par contre, et même si je saisis le second degré, je doute que quiconque dans notre gouvernement soit assez ouvert pour accepter ta façon de penser qui est pourtant la bonne !
    Merci pour cette rubrique pertinente !

  2. Syphiss 5 février 2011 - 11:07 Reply

    Le début est toujours difficile, surtout que je cherche le thème de la rubrique en même temps. Une fois lancé la machine s’emballe toute seule.

    Excellente image par ailleurs, tu as exactement saisi toute l’essence de la rubrique. \o/

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